Municipales 2026
à Martigues : après un premier tour serré, les trois candidats livrent
leurs ressentis à La Provence
Par Léa
CORNU
Martigues
Trois candidats, des résultats serrés et
16 000 abstentionnistes : lors du débat organisé par La Provence,
Gaby Charroux (DVG), Emmanuel Fouquart (RN) et Jean-Luc Di Maria (DVD) ont
livré leurs analyses d’un premier tour plus ouvert que jamais, entre tensions
et appels à la mobilisation.
Calme, concentré, Gaby Charroux (DVG) observe, encaisse parfois, et choisit ses mots. Face à lui, Emmanuel Fouquart (RN), fidèle à lui-même, est impassible. Jean-Luc Di Maria (DVD), plus expressif que son adversaire d’extrême droite, n’hésite pas à rentrer dans le lard. Ce jeudi, lors du débat organisé par La Provence, les trois candidats qualifiés pour le second tour ont livré leur lecture d’un premier tour marqué par une participation en baisse et des écarts resserrés.
De gauche à droite Jean-Luc Di Maria,
Emmanuel Fouquart et Gaby Charroux, ce jeudi, en débat à La Provence /
Photo Patrick Lepicouche
Le maire sortant, arrivé en tête avec 35,71% des voix, a
d’abord insisté sur le contexte. "La campagne est longue et complexe…
Je l’ai ressenti plus que jamais." La configuration, avec cinq listes
présentées aux Martégaux, est inédite selon lui. "Quand on a cinq
candidats dans une ville d’un peu moins de 50 000 habitants, c’est
beaucoup. Ça morcelle et ça complexifie les choses." Pour lui, le
premier enseignement reste le niveau de participation : "57,59%…
Très sincèrement, je pensais qu’on serait entre 60 et 65%, à Martigues c’est habituellement plus élevé." Et
d’évoquer aussi une forme de lassitude chez la population. "La chose
publique est en train de lasser. Entre le contexte international, la guerre en
boucle, les difficultés économiques, les gens sont inquiets et
se désintéressent."
À ses côtés, Emmanuel Fouquart (RN), deuxième avec 28%, assume une
campagne perturbée par ses obligations de député. "J’ai eu le marathon
budgétaire à Paris pour qu’au final cela se termine avec un 49.3…", se
désole-t-il, rappelant son objectif : "L’intérêt des
Martégaux, pas celui d’un parti ou d’une idéologie." Confiant malgré
son retard, il mise sur les 16 000 abstentionnistes, "dommageable"
selon lui.
Troisième homme du scrutin avec 25,34%,
Jean-Luc Di Maria. Contrairement aux deux autres, la campagne fut pour lui,
"un très bon moment", permettant d’être au plus près de la
population. Et de tacler ainsi le candidat RN. "Moi je suis élu, chef
d’entreprise avec 50 salariés, mais je ne me cache pas derrière ça."
Mais aussi le maire sortant. "Avec 35%, c’est un désaveu total.
En 2020, avec 40% de participation, il faisait 60%. Le match recommence ce
dimanche."
Interrogé sur une éventuelle union à
droite, "monsieur Di Maria a refusé" tout arrangement,
explique Emmanuel Fouquart. "On ne confie pas un poste de capitaine
sans matelot. On m’a proposé un poste d’adjoint et quatre élus sur 32. Je fais
quoi ?", relate Jean-Luc Di Maria. Le candidat RN esquisse un sourire.
Concernant les listes de gauche, Charroux l’assure : "Il n’y avait
pas de discussion envisageable", précisant constater
aujourd’hui "des appels qui viennent vers nous. Les différences
sont parfois importantes entre têtes de liste, mais sur le fond beaucoup
d’éléments sont partagés. Ceux qui ont voté à gauche doivent continuer à
soutenir la gauche. Les urnes parleront", lance-t-il, alertant quant à
tout "ce qui pourrait disparaître, avec certains."
Des tensions sur les méthodes de campagne
"Ce qui risque de disparaître, ce sont les méthodes
utilisées lors de cette campagne", rétorque Emmanuel Fouquart. "Quand
je vois un colistier traité de sioniste, une mère de famille harcelée sur son
lieu de travail, ce sont des méthodes d’un autre temps. Les électeurs doivent
avoir une liberté d’opinion." Gaby Charroux refuse d’entrer dans la
polémique, mais réplique. "La colistière de monsieur Fouquart,
présidente de bureau de vote, a eu un comportement intolérable vis-à-vis
d’électeurs parce qu’ils portaient des noms à consonance non française."
Avant de couper court : "Je ne veux pas entrer dans ce débat,
je préfère parler du fond."
Jean-Luc Di Maria, poursuit, rappelant
que "la campagne, c’est un moment de démocratie. Monsieur Charroux
veut faire peur, on parle de clivage droite-gauche, ça n’intéresse
personne. Le service public restera entier. On dit que je vais fermer la
cuisine centrale, les centres sociaux : c’est faux. Arrêtons de prendre
les électeurs pour des idiots. Oui, on a dépensé trop pendant des années, c’est
du clientélisme." Gaby Charroux, laisse parler.
À la question que feriez-vous en premier
une fois maire, Charroux, l’assure. "J’ai 231 mesures sur mon
programme, on va toutes les réaliser !" Ses deux concurrents
répondent la même chose : un audit financier. "C’est obligatoire.
Et c’est aussi une façon de se protéger." Di Maria, est en effet "très
inquiet de la situation" et enclenche sur une autre
problématique. "J’ai cru comprendre Monsieur Charroux ne finirait pas
son mandat et laisserait la place à Monsieur Salazar-Martin (son directeur de
campagne, Ndlr.) Emmanuel Fouquart, lui, a déjà quitté une fois
Martigues : il faudrait que dès ce soir il démissionne de son poste de
conseiller régional pour reprendre son poste de conseiller municipal
opposition." Ce à quoi le candidat RN répond : "Je
l’ai dit, si je deviens maire je quitterai le Conseil régional, et je m’engage
à le faire même si je ne le deviens pas." Quant à Gaby
Charroux : "Vous m’avez entendu dire que je laisserai ma place à
quelqu’un d’autre ? Ça m’a échappé ? Je l’ai dit cet
après-midi ?"