Épave Laurons 11 : malgré le
vent,
Une campagne de fouilles fructueuses
à Martigues
Par Nicolas PUIG
Publié le 04/04/26
Les archéologues subaquatiques
ont, pendant deux semaines, mené une nouvelle campagne de fouilles sur cette
épave gisant au fond de l’anse des Laurons. Ils ont pu préciser sa datation et
confirmer que ce bateau de pêche, très commun à l’époque moderne mais toujours
méconnu des scientifiques, était propulsé à la voile.
Deux mètres de fond, à quelques
mètres de la côte… C’est juste là que gît depuis des siècles l’épave Laurons 11. Découverte en 2010 au cours d’une
prospection archéologique (et associée au numéro 11 car il s’agit du
onzième site référencé dans l’anse des Laurons), elle est fouillée
depuis 2021 par le département des recherches archéologiques subaquatiques
et sous-marines (Drassm) et l’université Aix-Marseille (Amu), dans le cadre d’un
chantier école soutenu par la Ville de Martigues, auquel participe aussi le bureau
d’études et de recherche en archéologie subaquatique Ipso Facto.
Objectifs des différentes
campagnes (dont l’enjeu scientifique est bien réel) : restituer le plus
fidèlement possible l’architecture navale de l’épave, déterminer son mode de
propulsion, son gréement, et tenter de la dater le plus précisément possible,
alors que le carbone 14 donne une fourchette allant de 1450 à 1630.
Ce qui fait d’elle la seule épave d’époque moderne connue sur le secteur, qui
continue de stimuler la curiosité des scientifiques : "Elle a
plein de petits secrets, de détails d’architecture navale qu’on ne connaît pas",
observe avec enthousiasme Mourad El Amouri, archéologue chez Ipso Facto.
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Au fil des années, grâce aux
investigations des scientifiques, le profil de cette embarcation de douze
mètres de long pour quatre de large s’affine. On sait qu’il ne s’agissait pas
d’un navire de charge, mais plutôt d’un navire de pêche, en tout cas de travail :
un maillet a été retrouvé à son bord, servant certainement à planter des pieux
peut-être constitutifs de bordigues (nombre d’entre eux ont été retrouvés dans
l’anse des Laurons). Une manne en saule, panier à poisson, a aussi été
retrouvée lors d’une précédente campagne. Le maître-couple, c’est-à-dire la
section transversale la plus large de la coque, qui détermine la place de
toutes les autres membrures, a aussi été découvert, révélant une architecture
typiquement méditerranéenne, attestée sur d’autres épaves connues datées entre
le XVIe et le XVIIIe siècle.
Cet élément fondamental était
encore au centre des attentions des archéologues cette année, dont huit
étudiants du master MoMarch (le master international d’AMU codirigé
avec le Drassm pour former des archéologues subaquatiques),
parmi lesquels un Belge, un Algérien et un Américain. La campagne 2026 s’est
étirée du 23 mars au 3 avril : hélas en plein épisode venteux.
"On a perdu l’équivalent de deux jours et demi", regrette
Marine Sadania, archéologue au Drassm, coresponsable de la fouille avec Eric
Rieth, du CNRS. Et sur deux semaines, deux jours et demi, ça n’a rien
d’anodin.
Une assiette du début du XVIIe siècle
Les objectifs sont malgré tout atteints : la fouille du
maître-couple a permis de découvrir l’emplanture du mât (mais pas le mât
lui-même), entourée de quatre taquets de bois, confirmant le mode de propulsion
du bateau, qui ne faisait jusqu’à présent que l’objet d’hypothèses. "C’était
un navire à voile latine, peut affirmer désormais Marine Sadania. Ces
embarcations étaient très nombreuses sur les côtes, mais les sources écrites
n’en parlent pas. C’est le bateau du quotidien, qui existait en très grand
nombre, mais qu’on connaît le moins", explique Marine Sadania.
Peut-être ressemblait-il à ces embarcations représentées sur une carte des
côtes provençales du XVIIe siècle, affichée sur le chantier de
fouille : coques rondes, voile latine.
Autre découverte d’importance
cette année : une assiette. "C’est l’assiette du marin",
précise Marine Sadania, avant de révéler l’intérêt de l’objet : "Elle
permet d’affiner la datation au début du XVIIe siècle."
Au-delà de ces découvertes
marquantes, les archéologues étudient chaque pièce de bois de l’épave. "Des
prélèvements xylologiques sont aussi réalisés pour déterminer les essences
utilisées", rappelle Jade Musumecci, étudiante du master MoMarch. Les
pièces sont ensuite remises à l’eau. On parle là d’une épave coulée depuis plus
de 400 ans, et Marine Sadania la compare à un mille-feuille : "On
a une superposition de bois qui ne sont plus dans leur position d’origine, que
nous essayons de restituer pour reconstruire le modèle 3D de l’embarcation, ses
formes, sa capacité de charge…"
Après l’engrangement de
nombreuses informations durant ces quelques jours de campagne, la post-fouille
permettra de tirer de nouvelles conclusions, et notamment de déterminer l’avant
et l’arrière de l’épave. Avant que les archéologues ne réenfilent leurs
combinaisons en 2027 : "On revient l’an prochain. L’épave n’a
pas livré tous ses secrets, et le site est idéal pour former des étudiants."
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