mardi 5 mai 2026

Laurons 11

 


Épave Laurons 11 : malgré le vent,

Une campagne de fouilles fructueuses à Martigues

Par Nicolas PUIG


Publié le 04/04/26

Les archéologues subaquatiques ont, pendant deux semaines, mené une nouvelle campagne de fouilles sur cette épave gisant au fond de l’anse des Laurons. Ils ont pu préciser sa datation et confirmer que ce bateau de pêche, très commun à l’époque moderne mais toujours méconnu des scientifiques, était propulsé à la voile.

Deux mètres de fond, à quelques mètres de la côte… C’est juste là que gît depuis des siècles l’épave Laurons 11. Découverte en 2010 au cours d’une prospection archéologique (et associée au numéro 11 car il s’agit du onzième site référencé dans l’anse des Laurons), elle est fouillée depuis 2021 par le département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) et l’université Aix-Marseille (Amu), dans le cadre d’un chantier école soutenu par la Ville de Martigues, auquel participe aussi le bureau d’études et de recherche en archéologie subaquatique Ipso Facto.

Objectifs des différentes campagnes (dont l’enjeu scientifique est bien réel) : restituer le plus fidèlement possible l’architecture navale de l’épave, déterminer son mode de propulsion, son gréement, et tenter de la dater le plus précisément possible, alors que le carbone 14 donne une fourchette allant de 1450 à 1630. Ce qui fait d’elle la seule épave d’époque moderne connue sur le secteur, qui continue de stimuler la curiosité des scientifiques : "Elle a plein de petits secrets, de détails d’architecture navale qu’on ne connaît pas", observe avec enthousiasme Mourad El Amouri, archéologue chez Ipso Facto.

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Au fil des années, grâce aux investigations des scientifiques, le profil de cette embarcation de douze mètres de long pour quatre de large s’affine. On sait qu’il ne s’agissait pas d’un navire de charge, mais plutôt d’un navire de pêche, en tout cas de travail : un maillet a été retrouvé à son bord, servant certainement à planter des pieux peut-être constitutifs de bordigues (nombre d’entre eux ont été retrouvés dans l’anse des Laurons). Une manne en saule, panier à poisson, a aussi été retrouvée lors d’une précédente campagne. Le maître-couple, c’est-à-dire la section transversale la plus large de la coque, qui détermine la place de toutes les autres membrures, a aussi été découvert, révélant une architecture typiquement méditerranéenne, attestée sur d’autres épaves connues datées entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

Cet élément fondamental était encore au centre des attentions des archéologues cette année, dont huit étudiants du master MoMarch (le master international d’AMU codirigé avec le Drassm pour former des archéologues subaquatiques), parmi lesquels un Belge, un Algérien et un Américain. La campagne 2026 s’est étirée du 23 mars au 3 avril : hélas en plein épisode venteux. "On a perdu l’équivalent de deux jours et demi", regrette Marine Sadania, archéologue au Drassm, coresponsable de la fouille avec Eric Rieth, du CNRS. Et sur deux semaines, deux jours et demi, ça n’a rien d’anodin.

Une assiette du début du XVIIe siècle

Les objectifs sont malgré tout atteints : la fouille du maître-couple a permis de découvrir l’emplanture du mât (mais pas le mât lui-même), entourée de quatre taquets de bois, confirmant le mode de propulsion du bateau, qui ne faisait jusqu’à présent que l’objet d’hypothèses. "C’était un navire à voile latine, peut affirmer désormais Marine Sadania. Ces embarcations étaient très nombreuses sur les côtes, mais les sources écrites n’en parlent pas. C’est le bateau du quotidien, qui existait en très grand nombre, mais qu’on connaît le moins", explique Marine Sadania. Peut-être ressemblait-il à ces embarcations représentées sur une carte des côtes provençales du XVIIe siècle, affichée sur le chantier de fouille : coques rondes, voile latine.

Autre découverte d’importance cette année : une assiette. "C’est l’assiette du marin", précise Marine Sadania, avant de révéler l’intérêt de l’objet : "Elle permet d’affiner la datation au début du XVIIe siècle."

Au-delà de ces découvertes marquantes, les archéologues étudient chaque pièce de bois de l’épave. "Des prélèvements xylologiques sont aussi réalisés pour déterminer les essences utilisées", rappelle Jade Musumecci, étudiante du master MoMarch. Les pièces sont ensuite remises à l’eau. On parle là d’une épave coulée depuis plus de 400 ans, et Marine Sadania la compare à un mille-feuille : "On a une superposition de bois qui ne sont plus dans leur position d’origine, que nous essayons de restituer pour reconstruire le modèle 3D de l’embarcation, ses formes, sa capacité de charge…"

Après l’engrangement de nombreuses informations durant ces quelques jours de campagne, la post-fouille permettra de tirer de nouvelles conclusions, et notamment de déterminer l’avant et l’arrière de l’épave. Avant que les archéologues ne réenfilent leurs combinaisons en 2027 : "On revient l’an prochain. L’épave n’a pas livré tous ses secrets, et le site est idéal pour former des étudiants."

 


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