vendredi 3 avril 2026

Deux études confirment des risques sanitaires

 

Deux études confirment des risques sanitaires



pour les riverains des zones industrielles

Le dispositif Réponses a présenté mercredi 1er avril ses résultats 2025. Si deux études ont mis en évidence des surrisques sanitaires pour les riverains des sites industriels, certains jugent encore ces résultats bien en deçà de la réalité.

Oui, il existe bien un risque sanitaire accru pour les riverains des zones industrielles. C’est le principal message qui ressortait du bilan annuel du dispositif Réponses, présenté au public mercredi 1er avril à Fos-sur-Mer. Réponses, pour rappel, a été créé en 2019 par le secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles (SPPPI) Paca.


 


Il s’agit de recueillir les préoccupations des riverains des zones industrielles de Fos et du pourtour de l’étang de Berre (en particulier concernant les émissions de polluants, la mobilité, la santé) et mettre en place des actions pour y répondre. En 2025, donc, "on a deux gros résultats en santé", annonce Gwenaëlle Hourdin, déléguée générale du SPPPI Paca.

L’étude Bassins industriels et santé (Bis), menée par Santé Publique France et l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), s’est penchée sur les 41 plus gros bassins industriels de France : "On a pu mettre en évidence un surrisque pour les pathologies respiratoires chroniques de l’enfant et de l’adulte, détaille Céline Caserio-Schönemann, déléguée régionale Paca-Corse pour Santé Publique France.

Un surrisque de mortalité toutes causes confondues, hors causes violentes, a aussi été mis en évidence dans les communes situées à proximité de sites classés ICPE, IED ou Seveso. Mais elle cadre : "On a travaillé sur des données existantes, surtout avec des sources d’ordre réglementaires et pas forcément construites pour travailler sur des expositions de populations, donc il faut interpréter les résultats avec précaution".

L’étude Scenarii-2 (qui fait suite à un premier volet mené il y a dix ans), coordonnée par AtmoSud, l’agence régionale de santé (ARS) et la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal), évalue de son côté les risques sanitaires liés à l’exposition chronique à 30 polluants atmosphériques sur 66 communes des environs de l’étang de Berre.

Premier résultat, concernant les concentrations de plusieurs polluants : "On observe une amélioration assez nette dans ce territoire, se réjouit Dominique Robin, directeur général d’Atmosud en Paca. Les actions sont utiles, c’est bien de le rappeler." L’étude met surtout en avant un excès de risque sanitaire persistant, en particulier à Port-de-Bouc et Martigues, "dans le panache de la plateforme de Lavera".

Qu’en est-il de Fos-sur-Mer ? "Il faut avoir de l’humilité, reprend Dominique Robin. On étudie trente composés sur des milliers. L’effet cocktail, on ne sait pas le traiter sur un plan méthodologique. On ne va pas jusqu’à dire qu’à Fos il n’y a pas de sujet. On a des discussions en particulier sur le Chrome 6, qui est dans l’étude et qu’on n’a pas pu mesurer. Des compléments d’étude viendront et concerneront sans doute cette zone de Fos."

"Il faut avoir de l’humilité dans ces études"

L’explication ne convient pas à tout le monde. Daniel Moutet, président de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos, enrage : "C’est minimiser la pollution chez nous, pour sortir Fos et Port-Saint-Louis de la zone rouge des villes les plus polluées et accueillir de nouvelles industries. Par vent du sud, sud-est, on est derrière Lavera : vous avez construit un mur de 100 mètres de haut pour nous protéger ? Si Port-de-Bouc est pollué, Fos l’est obligatoirement !" Il rappelle aussi les torchages chez Rhône Energies cet automne, "pendant deux mois et demi, alors que ce sont des torches de secours. On se fout de nous ! La Dreal a donné des autorisations car si on avait arrêté le site, il aurait été en difficulté financière. Mais la santé publique n’est pas importante elle aussi ?"

Il attaque par ailleurs des études qui se penchent sur des cancers "sans lien avec la pollution. Où sont les cancers du pancréas, du poumon, de l’œsophage ? Ce sont ceux qu’on trouve sur le pourtour de l’étang de Berre. On fait des chiffres derrière des chiffres. ça ne veut rien dire."

La remarque rejoint une demande persistante sur le territoire, à savoir la mise en place d’un registre des cancers. Mais Céline Caserio-Schönemann estime que cet outil ne serait pas le plus adapté : "Il est plus facile de mettre en évidence des liens [entre cancers et exposition aux polluants, Ndlr.] au niveau national qu’au niveau local." Elle pointe, sur de petites échelles, les biais induits par les petits échantillons de population recensés, le tabagisme, par exemple, pouvant fausser les pistes d’un point de vue statistique.

"Dans l’étude Bis, on compare l’entièreté des populations des communes exposées à l’entièreté des populations éloignées de ces zones : on a beaucoup plus de chances de mettre en évidence des surrisques sur certaines pathologies."

Par ailleurs, elle indique que, toujours dans le cadre de l’étude Bis, "on n’a pas travaillé sur les cancers parce qu’on ne dispose pas pour l’instant des indicateurs des niveaux géographiques fins, on devrait les avoir théoriquement à partir de 2027. Mais on voit des effets sur d’autres pathologies. Le registre des cancers ne mettrait pas en évidence ces impacts sur ces autres secteurs de la santé."

 

 


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