mercredi 19 janvier 2022

la SNSM et l'armée de l'Air Main dans la main

 

MERCREDI 19/01/2022 à 09H56

| MER

| MARTIGUES

la SNSM et l'armée de l'Air

Main dans la main

Régulièrement, les militaires d'Orange viennent s'exercer dans le golfe de Fos avec les sauveteurs

Par Nicolas Puig

Pilotes et treuillistes de l'armée apprennent avec la SNSM les manœuvres de sauvetage en mer.

photos Gueroult1/3

Ces exercices n'ont rien d'exceptionnel. Une à deux fois par mois, les sauveteurs de la SNSM de Martigues ont rendez-vous avec les hélicoptères de la sécurité civile, ou de la base 115 de l'armée de l'Air et de l'espace d'Orange, comme c'était le cas hier matin. Rien d'exceptionnel, disions-nous, mais la manœuvre est d'importance pour tous les participants. "En phase hivernale, on a moins d'interventions, alors on en profite pour faire des qualifications, tant pour eux que pour nous", fait remarquer le président de la station martégale de la SNSM, Daniel Lourenco en appareillant à 7 h30.

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À bord de la navette qui part à la rencontre de l'hélicoptère militaire, Thierry, ancien chauffeur de métro à Paris, est à la radio ; Martine, bénévole depuis plus de 6 ans, retraitée passionnée par la mer, remplit l'office de chef de pont.

Deux autres bénévoles de la SNSM sont en combinaison de plongée, prêts à remplir l'office de "plastrons", c'est-à-dire de repères, représentant donc à tour de rôle la victime, dans les eaux du golfe de Fos. Jean-Louis non plus n'est pas marin de métier. Mais ce Breton à la retraite court dès qu'il le peut sur l'eau, pour son plaisir, depuis ses 9 ans. "Enfant, j'ai même navigué avec Tabarly !" Quant à Aurore, jeune militaire en reconversion qui n'a pas froid aux yeux, elle s'est récemment installée à Martigues où elle prépare son BTS en diététique. Daniel Lourenco lui-même, bien que titulaire du permis de navigation hauturière, n'est pas issu du monde maritime : il est chauffeur de bus à Martigues. Qu'importe. L'équipage est passionné, volontaire, et a soif d'expérience.

 

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Chez les militaires, embarqués dans leur "Fennec", un pilote effectue son dernier vol de formation. Après un réapprovisionnement à la base d'Istres, un autre effectuera son premier, en même temps qu'un treuilliste. La formation s'appelle "SAMAR", pour sauvetage aérien maritime. Plutôt sollicités pour des opérations à terre, ces militaires sont aussi susceptibles d'intervenir en mer. Un milieu qui demande des compétences particulières.

"C'est de l'adrénaline"

 

Le "dropping" consiste à sauter de l'appareil pour secourir la victime.

Au centre de la matinée, se trouve Jack. Réserviste de l'armée de l'Air, sauveteur plongeur héliporté, c'est un professionnel. Dans sa carrière, il a déjà dû intervenir sur des missions "SECMAR", pour secours maritime, héliporté avec matériel et équipe d'intervention sur des porte-conteneurs souffrant d'avaries. C'est lui qui est treuillé, à tous les exercices : en pleine eau, donc loin de la navette, l'hélicoptère agissant seul ; suite à un "dropping", c'est-à-dire après avoir sauté de l'appareil pour porter secours à la victime ; et enfin sur la plateforme du navire. Une manœuvre délicate. "C'est un travail d'ensemble. Le pilote ne voit qu'en face de lui, l'opérateur treuilliste dessous, et moi d'en bas. Et la navette doit suivre le cap et la vitesse." L'hélicoptère volant alors à très basse altitude, quasi au ras de l'embarcation. Ce travail de précision et de communication doit être mené à la perfection en situation réelle. Surtout en cas de forte houle.

"En 2021, la SNSM de Martigues a participé à cinq opérations de secours qui avaient nécessité le déclenchement d'un hélicoptère", détaille Daniel. Sur ces cinq sorties, l'appareil n'a pas toujours eu à déployer son treuil. "Ça n'arrive qu'une ou deux fois dans l'année, continue Jean-Louis. Mais c'est de l'adrénaline." Par ailleurs, n'est pas treuillé qui veut. Pour être héliporté, il faut être détenteur de la qualification nationale SNB1, ainsi que de l'habilitation "H". Daniel est pour l'instant le seul à remplir ces conditions à Martigues, et souhaite faire passer le "H" à un de ses coéquipiers en février. Des qualifications qu'Aurore compte bien posséder elle aussi d'ici peu.

Après trois heures de manœuvres et un débriefing de la matinée, l'hélicoptère rentre vers le Vaucluse. Le prochain entraînement comportera de nouveaux exercices : treuillage de canot et opération de recherche. Rendez-vous a déjà été pris pour début février.

 

À Carro :

35 sauvetages, et des entraînement réguliers

La communication entre la vedette et l'hélicoptère est permanente.

   Les plaisanciers et autres usagers de la mer ont-ils été plus sages ? Ou la fin des confinements a-t-elle provoqué moins de ruées sur les loisirs nautiques ? Les sauveteurs de la SNSM de Carro n'en connaissent pas les raisons précises, mais sont néanmoins heureux d'être moins intervenus en 2021 qu'en 2020. "70 sorties, pour 34 sauvetages, soit 15 % de moins que l'année précédente, détaille Jean-Michel Roque, sauveteur et chargé de la communication de la station. En 2020, après le premier confinement, les gens s'étaient rués sur la mer, en oubliant de prendre les précautions de base. Là, on a l'impression qu'on est revenu à des usages plus responsables." La plus marquante des sorties restera l'heureux dénouement des recherches menées après la disparition de Francis Moreau, ce véliplanchiste miraculé, sain et sauf après une nuit passée sur sa planche, aujourd'hui membre de l'équipe de sauvetage.

 

Forte de 35 personnes, dont 25 en composent le "noyau dur", la station de Carro a aussi multiplié les entraînements ces derniers mois, notamment avec les équipages d'hélicoptère de la base aéronavale d'Hyères. "Un par mois, poursuit le sauveteur. L'intensification des entraînements, c'est aussi une volonté de Frédéric Vert, le président de la station. C'est nécessaire pour être au top lors de chaque intervention, mais aussi pour acclimater tous les nouveaux qui nous rejoignent." En quelques années, si quelques pêcheurs et professionnels de la mer composent toujours le noyau dur de l'équipe, d'autres profils s'ajoutent au fil du temps. "En 15 ans, le profil type du sauveteur a changé. Avant, c'étaient les vieux loups de mer. Aujourd'hui, on a aussi des salariés qui habitent Carro ou aux environs, des jeunes retraités, des passionnés de la mer..."

Tous peuvent intégrer le bord dès lors qu'ils possèdent le permis bateau, le certificat restreint de radiotéléphonie et un brevet de sauvetage. "Tous les samedis matin, nous sommes présents devant notre siège à Carro, pour renseigner les candidats. Après avoir étéadmis, les formations sont permanentes. Comment passer une remorque, comment sauver un homme à la mer, comment s'organiser lors des recherches en mer... Tout cela s'apprend."

En étant basés à Carro, les sauveteurs interviennent dans une zone allant de Marseille aux Saintes-Maries, seuls ou en complément d'autres moyens nautiques, de la SNSM comme des pompiers, de la police, de la gendarmerie maritime. "Une zone diversifiée, où on passe des calanques de la Côte bleue aux darses du port autonome, avec des conditions qui peuvent être changeantes ou musclées, par temps de mistral notamment."

Le grand projet de la station, c'est le changement de bateau ? L'actuel "Canot tous temps" (CTT), trente ans d'âge, est encore alerte, mais sa descendance s'annonce, avec un nouveau navire dont l'arrivée est envisagée l'année prochaine, à une date qui reste à préciser. "Ce sera un navire de même taille, mais plus performant, capable d'atteindre 24 noeuds." Un semi-rigide devrait également arriver à Carro.

Reste un challenge : le financer. Sur 2 M€ nécessaires, la station de Carro doit fournir un quart du total. "Soit 500 000€. Nous en avons 100 000, manque 400 000... Nous avons des idées. 2022 sera pour nous l'année où il nous faudra trouver ces moyens."

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