jeudi 10 mars 2022

Un défi en marche à Provence Studios

 

Martigues : cinéma école, le rêve hollywoodien

Mettre en place un parcours cinéma jusqu'au postbac, un défi en marche à Provence Studios

Par Pascal Stella et Eric Goubert

  Photo Serge Guéroult


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Le recteur Bernard Beignier, en visite dans les décors (ici une prison) de Provence studios, avec Olivier Marchetti, les élus et près de 300 élèves du réseau Côte bleue. Une rencontre qui vise à promouvoir les alliances possibles entre l'Education nationale et le fief du cinéma.


 à un "nouveau" monde n'y pour les tournages jusqu'aux productions internationales.

Dans les pas de Bernard Beignier, recteur de l'académie d'Aix-Marseille, des maires Gaby Charroux, Laurent Belsola ou Roland Mouren notamment ouvrant le bal de la visite avant les élèves, tout un monde éducatif subjugué. Là, le décor du tribunal qui a servi notamment au tournage de la série de TF1, Une si longue nuit ; plus loin, la morgue, la prison, avant d'en prendre plein les yeux avec ce fameux du studio "fond vert" taille XXL, symbole d'un monde de tous les possibles. "On est bluffé !" ; "On a la chance d'avoir ça chez nous ", autant de "VIP" emballés jusqu'à Gaby Charroux rappelant que l'"on est dans un rêve !"

Des décors plus vrais que nature, "tout est en bois", raconte le guide Olivier Marchetti aux côtés de Micke Ristorcelli, le directeur développement de Provence Studios, livrant les petits secrets comme ces "magnifiques fenêtres à la française avec... une simple plaque de contreplaqué", entre deux studios verrouillés à double tours, comme les châteaux de Chambord qui ont servi au tournage de Serpent Queen, la série américaine consacrée à Catherine de Médicis, qui va revenir pour une saison 2 !

"C'est maintenant qu'il faut anticiper les besoins de demain"

Entre le studio "fond vert" et les décors de tribunal de la série "La stagiaire" de Michèle Bernier, tout un monde éducatif du réseau Côte bleue qui a présenté ses actions et échangé pour un parcours cinéma.

Un monde en grand pour des jeunes au cœur de l'action aussi. Près de 300 élèves et leurs représentants, "le centre névralgique de notre réseau" dixit Lamia Abassi, main dans la main avec Thierry Mattei, les coordinateurs du réseau Côte bleue, occupant tout un espace au travers de plusieurs tables rondes et groupes de travail, hier, au milieu des personnels de direction et des enseignants. Du premier et second degré entre retour d'expérience inter-cycle sur le parcours d'enseignants, une réflexion sur le décrochage scolaire aussi, entre autres conseil pédagogique. "Échanger", "monter des projets" ; "mettre en commun", "partager", les mots-clés hier au bout d'une journée où "la tonalité sous-jacente est la mise en place d'un parcours cinéma de la maternelle au post-baccalauréat", décrypte le réseau Cote bleue. Le développement des tournages suppose des actions pédagogiques, de l'éducatif et un renforcement des filières existantes avec toute une palette de métiers très intéressants", glisse encore Lamia Abassi sur un territoire qui a besoin de techniciens qualifiés notamment face au développement des tournages.

Toute une structuration de la filière cinéma en somme et des formations comme de nouvelles opportunités,"en contribuant à donner de l'ambition aux élèves, dixit le recteur de l'Académie, "chef d'orchestre" du monde éducatif, voulant surfer sur la vague (lire ci-contre). "Faire de la jonction et de la liaison entre école, collège et lycée ; avoir une vision de 3 ans à 25 ans, selon les études, dira Bernard Beignier, convaincu de "beaucoup de dynamisme". "On a des professeurs de l'Education nationale qui sont des cadres A de la fonction publique, que nous devons traiter comme tel avec leurs idées. C'est à nous de les entendre, de les récolter aux côtés des élèves avec leur grain de folie. Quand on met en synergie, on a de belles idées. Il faut travailler avec le territoire, avec les chefs d'établissement, les forces vives de l'économie... Quand on se met ensemble, on réussit à faire quelque chose qui a du sens et des projets en commun". Comme un rêve hollywoodien entre le cinéma et l'école où tout le monde peut être gagnant."C'est un vrai challenge de former les jeunes, les attirer sur notre filière, commente Olivier Marchetti. Avec le développement des tournages, il faut du monde en face et c'est maintenant qu'il faut anticiper les besoins de demain". Pour mettre la jeunesse du pays de Martigues et le réseau Côte bleue en haut de l'affiche avec Provence Studios.

Entre le studio

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"De belles choses à faire en travaillant ensemble" (Bernard Beignier, recteur) 

Que vous inspire cette visite au sein de Provence Studios ?
Bernard Beignier : On découvre ici toute l’ampleur et un savoir-faire avec la question du devenir et des débouchés autour du cinéma. Au niveau de l’Education nationale, on a à investir dans ce domaine, probablement créer des diplômes. On voit des jeunes qui sont formés chez nous, qui ont tendance à partir aux États-Unis ou au Canada alors qu’il y a beaucoup à faire ici. L’Education nationale doit travailler en lien étroit avec tous les acteurs, les élus et les forces économiques du territoire.

Le pays de Martigues notamment est devenu un carrefour incontournable des tournages, avec de nouveaux métiers en perspective. De nouvelles passerelles entre le cinéma et l’Education nationale sont-elles à l’étude ?
Nous avons déjà des filières dans la région académique. Il y a des discussions et une réflexion pour voir avec la Région ce que l’on pourrait créer. Il y a des coûts bien sûr mais l’investissement est toujours payant. En tant que recteur, je suis partant. L’Education nationale est là pour fournir des formations et permettre d’embrasser des métiers d’aujourd’hui et qui le seront demain. Dans le plan "Marseille en grand", le président de la République a déclaré vouloir développer l’industrie du cinéma. Il faut des liens et l’Éducation nationale est là pour soutenir le développement de l’économie, c’est une de ces missions avec l’école. Il a beaucoup de belles choses à faire sur cette filière.

Ce rendez-vous avec 300 élèves à Provence Studios est-ce le signe d’une vie qui reprend enfin dans des établissements scolaires après de crise sanitaire et des épreuves qui ont été bouleversées pendant deux ans ?
La vie n’a jamais cessé vraiment, c’est un retour à la vie normale disons. L’Education nationale a tenu bon par la volonté du ministre (Jean-Michel Blanquer), mais parce que les chefs de file, les cadres, les professeurs ont été présents de manière admirable. Bien sûr tout n’a pas été parfait, avec des élèves qui se sont sentis pas suffisamment entourés, il faut regarder la réalité en face. Le verre est à moitié plein ou à moitié vide, mais il aurait pu être cassé ! On n’est pas là pour juger les autres, mais la France s’en tire très bien.

Florian Salazar-Martin, Olivier Marchetti et Micke Ristorcelli, avec les nouvelles affiches illustrant le slogan 

"2022 sera une année charnière pour la filière cinéma et audiovisuel"

Florian Salazar-Martin, Olivier Marchetti et Micke Ristorcelli, avec les nouvelles affiches illustrant le slogan "Martigues c'est Hollywood".PHOTO E.G.

169 tournages accueillis en 2021, contre 129 l'année précédente, et un total de 682 depuis 2015, date du lancement simultané de "Provence studios", entreprise privée, et du développement de la filière cinéma et audiovisuel du Pays de Martigues, structure publique. À lire ces quelques chiffres, le succès est indéniable, et la hausse du nombre de tournages n'a d'égal que leur diversité : l'an dernier, on comptabilisait 14 longs-métrages, 40 épisodes de séries télévisées, 37 clips musicaux, 17 publicités, etc. De beaux succès, qui donnent raison à ceux qui ont cru au développement de cette industrie il y a sept ans. "Ce n'était pas évident, on a eu droit à quelques quolibets, se souvient Florian Salazar-Martin, vice-président du pays de Martigues en charge du développement économique. Mais notre méthode de travail a porté ses fruits". Cette méthode, c'est "jouer collectif", selon l'élu, ou "chasser en meute", comme le dit autrement Olivier Marchetti, fondateur de Provence studios : "Nous voulons jouer sur la complémentarité, pas sur la concurrence et développer un écosystème qui réponde aux besoins des productions. D'où l'arrivée prochaine d'une école "1 000 visages", d'où le besoin de techniciens qualifiés, de formations... En fin d'année, nous avons raté quelques contrats parce qu'il en manquait, justement. Il faut prendre conscience que le monde de l'image, c'est d'abord de l'emploi, et des retombées économiques. Le tournage de "Serpent Queen," série américaine, c'est 5M pour le territoire !"

Alors qu'une nouvelle campagne de communication s'annonce, avec des photos de tournages récents à Martigues, Port-de-Bouc et Saint-Mitre, surmontant le slogan "Martigues c'est Hollywood", l'année 2022 s'annonce cruciale. "On a déjà de beaux projets, sur lesquels nous ne pouvons pas communiquer pour l'instant, indique Olivier Marchetti, mais cette année, c'est clair : ça passe ou ça casse !" Derrière ce challenge, le rôle prépondérant des plateformes de streaming, comme Netflix, Amazon, Disney. "Je suis persuadé que la concurrence se jouera sur la qualité des fictions proposées ; Ces plateformes cherchent des studios pour tourner, et notre travail, c'est de réunir tous nos atouts pour les convaincre de venir s'installer ici." Et des atouts, il y en a : Provence studios propose 15 plateaux sur 22 hectares, un studio virtuel unique en son genre, une dimension écologique affirmée ("Dernière nouveauté en date, des chèvres qui assurent notre débroussaillement"), un projet d'extension du côté de Port-de-Bouc, et des aides publiques, apportées par le Conseil de territoire, la Métropole et le Conseil régional. "Et les productions, quel que soit leur budget, y sont sensibles, reprend Florian Salazar-Martin. Il faut bien comprendre que le cinéma est une industrie. Un tournage, c'est un peu comme un grand arrêt dans la pétrochimie : il y a besoin de beaucoup de main-d’œuvre qualifiée sur un certain laps de temps..." "Et ça se reproduit souvent, ajoute Olivier Marchetti. C'est pourquoi nous avons besoin de gens qualifiés. Heureusement, avec ceux qui travaillent sur "Plus belle la vie", il y a ici un vivier".

Un vivier capable d'accueillir tous les types de production, tous les réalisateurs. "On est sur la carte des producteurs, conclut Olivier Marchetti, avec des qualités qui sont désormais reconnues par l'ensemble de la profession."

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