mardi 7 septembre 2021

« Centrale Solaire Lavéra »

 Martigues :

 

Projet de parc photovoltaïque

« Centrale Solaire Lavéra »

Cinq hectares de pinède

Défrichés pour une centrale solaire

C'est un projet pharaonique mais que presque personne n'a vu venir

Par Audrey Letellier


  Photo A.L.


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L'autorisation préfectorale de défricher près de 5 hectares de pinède a été délivrée le 3 juillet de l'an dernier. Les travaux de nivellement des terrains devraient commencer fin 2021.





Un parc photovoltaïque de 8 660 panneaux solaires

C'est un projet pharaonique mais que presque personne n'a vu venir. Un projet réglementaire mais au détriment d'un gros morceau de nature.

Le projet de parc photovoltaïque, dit "centrale solaire Lavéra", est mené par Total via sa filiale Total Solar (devenue Total Quadran), spécialisée dans le développement d'énergies renouvelables. Une étude d'impact a préalablement été réalisée, notamment pour évaluer les conséquences environnementales de ce projet. Il se situe sur l'avenue du Gros Mourre, aux portes du complexe pétrochimique d'Inéos.

Une enquête publique, commandée par la Préfecture, a été réalisée l'an dernier, du 12 septembre au 15 octobre, sous la forme de cinq demi-journées au cours desquelles le commissaire-enquêteur pouvait recevoir du public. La très faible publicité faite autour de cette enquête (une annonce légale dans notre journal, une brève dans le magazine municipal 15 jours avant son terme) n'aura pas permis de recevoir grand monde. C'est aussi le Préfet qui, le 3 juillet 2019, a autorisé le défrichement d'un "bois de particulier". Les parcelles qui doivent accueillir les panneaux solaires appartiennent, en effet, à Total. Ce sont des friches industrielles qui s'étendent sur plus de cinq hectares à l'Est du dépôt pétrolier. Le plan d'emprise de défrichement est consultable en mairie de Martigues.

L'électricité d'une ville de 2 500 habitants


Les zones d'implantation des panneaux solaires tels que présentés dans l'étude d'impact initiale.

VILLE DE MARTIGUES

Ce projet, qui a nécessité le dépôt d'un permis de construire en Mairie, verra l'installation de 8 660 panneaux qui permettront de fournir l'équivalent des besoins en électricité d'une ville de 2 500 habitants. Total Quadran a remporté un appel d'offres de la Commission de régulation de l'énergie de 135 MWc (mégawatts-crête), soit 20 % des volumes attribués en France. La future centrale de Lavéra fournira 3,2 MWc.

Si ces parcelles sont d'anciennes friches industrielles, personne n'a été en mesure de nous dire quelles industries elles accueillaient, même pas la communication de Total. Ce que l'on sait, pour être allé sur place, c'est que ce sont des hectares de pinèdes qui devront laisser place aux panneaux solaires.

L'étude d'impact ne révèle pas de problèmes majeurs en termes de faune et de flore. En revanche, il y a quelques habitations, avenue du Gros Mourre et, bientôt, les riverains ne verront plus de verdure mais une centrale solaire. Déjà soumis à un environnement visuel dégradé du fait de la raffinerie, ces riverains vont voir disparaître les derniers espaces de verdure.

Les plus proches seront à une trentaine de mètres de la centrale mais l'étude estime "nuls" les effets des champs électromagnétiques sur la santé. Total promet d'installer des "masques" pour atténuer l'impact visuel. Un réseau de pistes sera créé pour accéder aux installations. La dépollution des sols n'apparaît pas nécessaire mais il faudra déplacer puis remblayer 20 000m3 de terre.

L'étude évoque "un risque important d'incendie", le site "étant susceptible d'être frappé par la foudre." La zone humide située dans le périmètre défini fera l'objet d'une protection. La Mission régionale d'autorité environnementale n'a pas émis d'avis, ce que regrette le commissaire-enquêteur.

Tout ceci a conduit l'enquêteur public à émettre un avis favorable assorti de réserves et de quelques recommandations. Ainsi, il juge "considérable" l'impact visuel pour les riverains et souhaite que "le choix de la solution retenue se fasse en concertation avec les habitants concernés." Il préconise également "des mesures de protection de la faune, la protection des zones humides en phase de chantierla mise en place de bâches à amphibiens lors des travaux, la conservation d'une partie des pins et un déboisement en dehors de la période de reproduction de certaines espèces."

Dans son mémoire de réponse à l'enquête publique, Total Solar indique que ce projet "a fait l'objet de multiples rencontres en mairie", depuis 2016. La présence de bacs de stockage d'essence, soulignée par la Dréal, a finalement conduit Total Solar a retiré de son projet la totalité des capteurs situés sur la zone ouest, vis-à-vis de la route du Gros Mourre. Globalement, Total Solar a promis de suivre les préconisations du commissaire-enquêteur.

Impossible, à ce stade, de savoir combien d'arbres seront abattus. "Leur nombre ne pourra être déterminé que lors de la phase de travaux", fait savoir Alain Giavarini, le commissaire-enquêteur.

La Ville de Martigues, qui a notamment instruit le permis de construire pour le compte de la Préfecture, n'a pas émis d'avis et n'était pas obligée de le faire.

Pétition sur les réseaux sociaux : "C'est un non-sens écologique !"


Florent Marcelli a lancé une pétition sur les réseaux sociaux.

Comme les riverains, comme la grande majorité de ceux qui liront ces lignes, jamais nous n'avions entendu parler de ce projet de centrale solaire. Total n'a toujours communiqué que sur la centrale photovoltaïque qu'elle abrite sur son propre site de La Mède, dans le cadre de la conversion de sa raffinerie en "bioraffinerie", et qui fonctionne déjà.

C'est un particulier qui a contacté notre rédaction. Florent Marcelli, qui travaille à Inéos, a découvert, par hasard, les panneaux installés aux abords des pinèdes pour informer de l'autorisation préfectorale de défrichement et du permis de construire. "C'est un non-sens écologique !", clame-t-il. C'est avec lui que nous avons fait le tour de ces espaces verts, voués à disparaître pour laisser place à des milliers de panneaux solaires. "Sous prétexte de produire de l'énergie propre, on détruit une forêt !" Il a donc lancé une pétition dont il fait la publicité sur les réseaux sociaux. "Ce n'est, ni plus ni moins, que du green-washing (Le green washing, ou en français l’éco blanchiment, consiste pour une entreprise à orienter ses actions marketing et sa communication vers un positionnement écologique. C’est le fait souvent, de grandes multinationales qui de par leurs activités polluent excessivement la nature et l’environnement. Alors pour redorer leur image de marque, ces entreprises dépensent dans la communication pour « blanchir » leur image, c’est pourquoi on parle de green washing.!"

Rappelons que Total a fait l'objet d'un "bad buzz"(Un bad buzz est un phénomène de "bouche à oreille" négatif qui se déclenche généralement sur Internet avant de se prolonger éventuellement sur d'autres médias. Le phénomène prend le plus souvent naissance sur les réseaux sociaux. Le bad buzz peut être totalement subi ou être provoqué par une action initiale ou maladresse de la marque ou d'un de ses représentants.) lors de la conversion de sa raffinerie et de l'importation massive d'huile de palme, accusée de contribuer à la déforestation de certaines zones du globe et, particulièrement, de l'Indonésie.

Nous avons joint Stéphane Delahaye, élu EELV de la majorité à la Ville de Martigues. Même lui n'était pas au courant : "Je n'en ai jamais entendu parler, assure-t-il. C'est complètement passé sous les radars" et, même, "J'hallucine !" Lui aussi ne voit rien moins qu'une "grosse opération de green-washing".

La pétition, lancée il y a un mois, a recueilli, pour l'heure, 350 signatures avec un objectif affiché de 500 signataires.

Pour signer la pétition : rendez-vous sur www.change.org/p/yannick-jadot-mobilisons-nous-pour-sauver-une-foret

Gaby Charroux : "Pas de remarques" ; Stéphane Delahaye : "C'est regrettable"


Les habitations les plus proches seront à une trentaine de mètres de la centrale solaire.


"Le projet datait un peu, convient Gaby Charroux. C'est un espace classé en zone industrielle donc ils font une activité industrielle avec une autorisation de défrichement et un permis de construire. Il n'y a pas eu de remarques particulières du commissaire-enquêteur si ce n'est l'aspect visuel pour les riverains, la protection de la faune ou le manque de communication. En outre, poursuit le maire, toutes les commissions et autorisations imaginables se sont réunies et ont été données donc je n'ai pas de remarques particulières."

Stéphane Delahaye, élu Vert à la Ville de Martigues, a un avis nettement plus tranché : "Mes amis d'Alternatiba ont vu passer la pétition et, pour eux aussi, ce projet est totalement passé sous les radars. À la base, un industriel qui veut se reconvertir dans le solaire, pourquoi pas ? Mais tout de même, cinq hectares de forêt défrichés et un biotope perturbé pour "le bien de l'humanité"... C'est produire de l'énergie pour produire de l'énergie. Alors, certes, nous sommes très en retard pour ce qui relève de l'énergie solaire mais tout ceci manque franchement de cohérence et il y a surtout un manque flagrant de communication ! Ça passe presque en catimini. Total aurait dû mieux communiquer, bref, jouer le jeu. C'est entre l'opportunisme et le greenwashing, c'est regrettable."

 

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